Pourquoi tu culpabilises autant ?

Pourquoi je culpabilise autant ?

Avant de répondre à cette question, il est important de comprendre que la culpabilité est un mécanisme qui bien souvent est hérité de l’enfance.

Comme beaucoup de nos réactions automatiques, elle s’est construite progressivement au fil de ton histoire.

Un apprentissage qui commence souvent très tôt

A force d’entendre certaines injonctions, celles-ci se sont probablement intériorisées.

Très tôt, nous entendons des phrases comme :

« Ne sois pas égoïste, pense un peu aux autres. »

« Il faut savoir partager. »

« Tu pourrais quand même aider un peu. »

Ces phrases sont rarement prononcées avec de mauvaises intentions. Elles participent à l’éducation et à la vie en société.

Mais à force d’être répétées, elles peuvent laisser une trace.

Un sillon inconscient qui finit parfois par être interprété ainsi :

« Si je ne veux pas décevoir, je dois répondre aux attentes des autres. »

Ou pire encore :

« Si je veux être digne de l’amour, de l’affection ou de la reconnaissance des autres, je dois satisfaire leurs besoins avant les miens. »

Ce n’est pas une question de parents sévères

Attention, cela ne signifie absolument pas que tu as grandi dans un environnement difficile.

Ce mécanisme peut aussi se construire au sein d’une famille profondément bienveillante.

Je me rappelle d’une jeune femme qui vivait dans une peur permanente de mal faire. Pourtant, elle avait toujours été valorisée.

Ses parents l’encourageaient.

Ses employeurs étaient satisfaits de son travail.

Elle recevait régulièrement des compliments.

Personne ne lui faisait de reproches.

Alors pourquoi cette angoisse permanente ?

Parce qu’elle avait tellement l’habitude de réussir qu’elle ne savait tout simplement pas ce qu’il se passerait le jour où ce ne serait plus le cas.

Pour certains enfants, ne pas être à la hauteur pouvait entraîner une punition.

Pour elle, c’était simplement… l’inconnu.
Que se passerait-il le jour où elle n’y arriverait pas ? Les gens cesseraient ils de l’aimer ? De la soutenir ?

Mais derrière ces deux situations se cache souvent la même peur : celle de perdre quelque chose de fondamental:

L’appobation ? La reconnaissance ? L’affection ? L’amour ?

Alors, pour ne pas perdre ça, tu te modèles à ce que tu crois qu’on attend de toi et tu essaies de satisfaire tout le monde.

Lorsque les autres définissent ta valeur

Peu importe la manière dont ce fonctionnement s’est installé.

Ce qui compte, c’est ce qu’il produit aujourd’hui.

Petit à petit, tu finis par laisser les autres définir ta valeur. Sans même t’en rendre compte, ton regard sur toi dépend davantage de ce que les autres pensent de toi que de ce que toi, tu sais de toi.

Tu en viens alors à croire que tu dois être utile, rendre service, réussir ou répondre aux attentes des autres, comme si ta valeur dépendait de ce que tu leur apportes.

Alors, lorsque tu ne peux plus faire autant ou aussi bien que tu le voudrais…

La culpabilité arrive au galop.

Autant te dire que si tu es en burn-out ou en dépression, l’épuisement réduisant tes capacités d’action, la culpabilité monte en flèche !

Comment s’immisce la culpabilité même dans ce qui devrait être des bons moments ?

Elle vient même te gâcher tes vacances ! Quand au lieu d’en profiter pour décompresser, tu ressens le besoin de tout organiser, de tout anticiper et de tout gérer, comme si tu devais constamment justifier ton existence.

Comme si tu devais « mériter » ces vacances que par définition tu as déjà méritées.

Et elle peut se traduire autrement, comme par exemple quand tu interprètes les comportements des autres.

Si quelqu’un est de mauvaise humeur, tu penses que c’est à cause de toi,

Si une activité que tu avais proposée ne plaît pas, tu te sens personnellement visée, alors que la critique concernait peut-être uniquement le prestataire.

Tu prends facilement les remarques pour toi, comme si tout ce qui se passait autour de toi était, d’une manière ou d’une autre, de ta faute.

Toutes ces situations ont pourtant un point commun.

Elles ne parlent pas des autres.

Elles parlent du regard que tu portes sur toi-même.

Mais pourquoi tout ça prend la forme de culpabilité ?

Parce que la culpabilité est rarement une émotion isolée. Elle est souvent le résultat de plusieurs émotions qui se combinent, s’entremêlent et se renforcent mutuellement.

La première est souvent la peur. La peur de décevoir, de ne plus être à la hauteur, de perdre l’approbation, la reconnaissance ou l’amour des autres. Nous consacrerons d’ailleurs un article entier à la peur du rejet tant ce mécanisme influence nos comportements.

À cette peur peut venir s’ajouter la tristesse. Celle d’imaginer que l’on pourrait être abandonné, rejeté ou ne plus compter pour les personnes auxquelles on tient.

Puis apparaît souvent la honte. La honte de ne pas être à la hauteur, de ne pas avoir réussi ou d’avoir déçu. Comme si le simple fait de ne pas répondre aux attentes suffisait à remettre en question notre valeur.

Face à ce mélange d’émotions particulièrement inconfortable, la colère peut faire son apparition. Elle donne souvent le sentiment de reprendre un peu de contrôle, ce qui explique en partie pourquoi l’irritabilité est si fréquente dans le burn-out ou la dépression.

Mais cette colère n’est pas toujours dirigée vers l’extérieur. Si tu as appris qu’exprimer ton mécontentement pouvait mettre la relation en danger, tu risques de la retenir. Elle ne disparaît pas pour autant. Elle change simplement de direction et finit par se retourner contre toi.

La culpabilité peut alors émerger de cette première combinaison émotionnelle.

Mais ce n’est pas la seule.

Elle peut aussi apparaître lorsque la peur du rejet t’empêche d’exprimer une colère pourtant légitime. Cette colère retenue se retourne alors contre toi et vient alimenter la honte, la tristesse et le sentiment d’être responsable de ce qui arrive.

Autrement dit, la culpabilité n’est pas une émotion qui apparaît de nulle part. Elle est souvent le résultat de plusieurs émotions qui, selon ton histoire et les situations que tu traverses, se combinent différemment jusqu’à produire toujours la même conclusion :

« Le problème, c’est moi. »

Ce qui se joue réellement

La culpabilité n’est donc pas le problème.

Elle est le symptôme d’un fonctionnement beaucoup plus profond.

Lorsque ta valeur dépend du regard des autres, chaque critique devient une menace.

Chaque déception devient un échec personnel.

Chaque besoin des autres devient une responsabilité.

Et chaque moment où tu prends soin de toi peut finir par être vécu comme une forme d’égoïsme.

Au fond, ce n’est pas seulement la culpabilité qui te fait souffrir.

C’est la croyance selon laquelle tu dois faire pour avoir de la valeur.

Alors qu’en réalité…

Un arbre n’a pas besoin de faire pour être.

Il est.

Et toi non plus, tu n’as pas à mériter le droit d’exister, de te reposer ou de prendre soin de toi.

Et si tu pouvais désapprendre la culpabilité ?

La bonne nouvelle, c’est que ce fonctionnement n’est pas une fatalité.

Tu ne l’as pas choisi.

Tu l’as appris.

Et ce qui s’apprend peut aussi se désapprendre.

Mais cela ne consiste pas à devenir égoïste ou à ne plus se soucier des autres.

Il s’agit d’apprendre à ne plus faire passer systématiquement leurs besoins avant les tiens.

À comprendre que ta valeur ne dépend ni de ce que tu produis, ni de ce que tu apportes, ni de la satisfaction des personnes qui t’entourent.

Pour autant, la volonté seule ne suffit pas toujours. Ce mécanisme fonctionne en grande partie de manière inconsciente et une simple prise de conscience est rarement suffisante pour le transformer durablement.

Le véritable changement ne consiste donc pas seulement à se dire : « Je ne devrais plus culpabiliser. »

Il consiste à modifier le fonctionnement qui associe inconsciemment ta valeur à ce que tu fais.

C’est précisément sur ce terrain-là qu’un accompagnement peut faire toute la différence.


Si cet article a mis des mots sur ce que vous vivez, sachez qu’il est possible d’aller plus loin.

Comprendre ce qui se joue est une première étape ; retrouver progressivement un équilibre en est une autre.

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